Poèmes choisis
Chez les gens du voyage, qui vivent autrement, Il vaudra mieux, crois-moi, ne pas faire d'histoire. Ils ont du caractère, défendent âprement Leur modus vivendi et leur façon de voir. Nomades de ce monde, depuis des millénaires, Leur penchant naturel les...
Et si vraiment existe ce qui m'est conté : Enfer et paradis, céleste tribunal, Pour tous les trépassés franchissant le tunnel Au bout d'une éphémère existence ici-bas… Je plaiderai coupable : j'ai souvent tenté De faire autour de moi plus de bien que...
Au ciel de ce matin, une légère brume, Ondule, éthérée, au dessus de la Seine Affublant le rivage d'une laiteuse laine Déchirée, par endroits, interpellant ma plume. Au bord de l'oreiller, un rêve suspendu, Esquissé, insoumis, me taraude, rebelle. Se...
Je suis une poussière. L'aura d'une poussière, Comme dit joliment ma belle amie Suzâme. Insignifiante chose, un fragment de lumière… La dimension d'un rêve, la vibration d'une âme… Un soupir de nuage, un éclat de rosée, Un lambeau de printemps, un petit...
Et l'aurore pointa, rosissant les dayas. Phébus, dans sa splendeur, se hisse au firmament, Illuminant les dunes pour contenter Gaïa. Mais elle attend de l'eau et sourit tristement. Elle appelle, assoiffée, un cumulus, au loin, Qui s'égare, un instant,...
Le jardin esseulé, dépouillé de feuillages, Affligé par le temps généreux en outrages, Affiche, désormais, des couleurs immolées Que Phébus, affaibli, console, désolé. Un vent très énervé a soufflé sa colère Sur les griffes rentrées du grand fauve de...
Au vent du Pacifique, les montagnes attristées Ont vu dégringoler les villes de pierres. Un monde suspendu entre ciel et terre Dont il ne reste que les ombres oubliées. Des tribus décimées et brûlées, une à une Par l'appétit féroce des chacals espagnols...
La maison face à la chapelle Avec la treille comme auvent. La cuisine sentait la cannelle, L’horloge tique-taquait le temps. Près du vieux puits croîssait la menthe Et les deux rosiers s’élançaient Entourant de tiges grimpantes Le petit portail de l’entrée....
Un rêve récurrent est venu m'éblouir De promesses jolies que j'aimerais cueillir. Mais je ne suis pas dupe, pour l'objet de ma quête Je ne tirerai pas des plans sur la comète. Si je n'atteins jamais les langueurs océanes Qui me font tant défaut, rendant...
J'ai trébuché soudain. Un détail du trottoir A entravé mon pas, me projetant à terre. Déjà, quelques badauds, autour de moi s'affairent, S'apostrophent, s'agitent et commentent l'histoire. La joue contre l'asphalte, je reste étendue, Prostrée, sans réactions,...
Il est arrivé en courant, Ce froid chagrin qui me désole. Dessous la porte il s'est glissé Et a rampé jusqu'à mes pieds. Tu trouves mes vers aberrants, C'est sûr ! Je sais que tu rigoles. Mais je sais me débarrasser De cet intrus qui mal me sied. D'abord...
Là où l'or coule à pic, tu vois le bois flotter. Ce n'est pas sa valeur mais c'est la densité. Ce qui n'est pas gracieux, n'est pas forcément laid : Le petit marcassin trouve belle la laie ! Vois cet arbre épineux garni de citrons verts, Et cet homme...
J'ai cherché dans le sel secret de l'alchimiste, L'explication cachée de tout ce qui existe, La réponse attendue à mes questions fébriles. Mais je n'ai obtenu que verbiages futiles. J'ai cherché la lumière, que possèdent certains, Pour éclairer ma route,...
Entre un ciel de saphir et un tapis de feuilles Mes pensées, engourdies, aujourd'hui se recueillent. Ma plume, affectée, au matin qui s'esquisse, Hésite, déphasée, dans une paix factice Le soleil est glacé et les arbres sont nus. J'exorcise les peurs...
Une soirée pluvieuse suspend ses longues ombres Aux halos désolés de quelques réverbères. J'aperçois, devant moi, la silhouette sombre D'une maison cossue d'où filtre la lumière. La chaussée est mouillée et les trottoirs glissants. J'approche lentement,...
La conjonction grammaticale… Tu emploies ce mot si souvent ! Pourquoi la note musicale Ne se met pas plus en avant ? SI, LA, SOL, SI, SOL, RÉ, DO, SI… Te souviens-tu la mélodie ? Au piano tu t'étais assis Elle est pour toi. M'avais-tu dit. SI, LA, SOL,...
Il est six heures au clocher de l'église. A l'horizon le temps s'engrise, Il se demande si la pluie Tombera bien avant la nuit. La pluie, de nuit, qui toujours le désole, Avec ses larmes qui rigolent, Ses ombres claires et ses soupirs De roses mauves...
«Maintenant vous aimez libérer de leurs chaînes Les pays à genoux sous la botte ennemie. Vous avez oublié la violence et la haine Mais n’avez pas écrit votre histoire à demi». Commentait le vieux Chef de la nation indienne, Immobile et crispé. «Vous nous...
Il est de ces rappels, clignotants dans les rêves, Qui se font insistants, même après le réveil, En rendant cotonneux le matin qui se lève Et délavant le ciel Inondé de soleil. Il me vient en mémoire un frisson oublié, Le parfum entêtant de roses ensorcelantes,...
Entre deux branches de sumac, Le cœur au bord de l'infini, J'irai suspendre mon hamac ; Goûter la paresse bénie Des torpeurs moites, tropicales. Ce rêve, toujours enlacé, Ponctue mes jours, hante mes nuits. Parce que ma vie est cassée Et qu'elle se morfond...
Nous étions moins nombreux, dans le siècle passé, Car beaucoup sont tombés sur le champ de bataille. Ce fameux champ d'horreur, pourvoyeur de médailles Pour les gazés meurtris et les gueules cassées La montée des faisceaux, sous les fronts populaires,...
Tant qu'il me restera des forces, Ces mots qui font si bien du mal Seront pour moi comme une écorce Me protégeant du gel hiémal. Tant qu'il me restera du sel, Ces mots qui fusent en calembours Auront encore une étincelle Pour m'éviter de longs discours....
Dans ce curieux musée, Je reste médusée. Et une idée s'évade De mon cerveau malade : Qui ose déranger Ces vélos bien rangés ? Voilà que je déraille Et ma plume rimaille. Ces engins suspendus, Mécanismes ardus, Donnent mal à la tête. Je hais les bicyclettes...
Je fais dans la magie, aux dires de ma sœur. Je suis une sorcière et je porte malheur. J'invoque des esprits, à la lueur des flammes, Au malin, c'est certain, j'aurais vendu mon âme ! Les papiers compliqués, les sous retardataires, Ses douleurs et son...
Samain est de retour, on a fini octobre. Ma poésie est sobre. Dans cet éther frisquet le soleil est un leurre. Mais pourquoi changer l'heure ? Je me morfonds déjà car l'hiver, qui arrive, Me laissera moins vive. Il prend de la vigueur et, quand il s'enthousiasme,...